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Articles sur la culture polynésienne des Îles Marquises au travers du PATUTIKI (tatouage Marquisien).



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'Oumati
soleil




Définition:
Mata komo'e: mata-ko-mo'e:
mata: oeil, regard, portrait, visage, figure...
ko ou 'o : verbe être à l'infinitif
mo'e ou moke: aussi redoublement momo'e au SE ou momoke au NO : disparaître
Le nom mata-ko-mo'e peut se traduire littéralement par le « portrait d'un être disparu ».


Lors de l'expédition scientifique Russe en 1803, dirigée par le Baron Balte Krusenstern, l'équipage fit escale à Nuku-Hiva durant 12 jours en 1804. Les médecins Tilesius et Langsdorff, qui accompagnaient cette expédition, s'intéressaient à ce motif très particulier que les hauts dignitaires, de cette île, portaient sur les cuisses et au niveau du torse.
Tilesius reproduisait la première des deux figures (fig.13.a), les informateurs lui apprirent que ce motif portait le nom de « uma » et qu'il représenterait le soleil. Langsdorff dessina ce motif en s'inspirant du premier et le nom que lui apporte son interprète Joseph Cabris (un Bordelais qui avait séjourné dans cet archipel neuf ans) était "matakomoe", selon ses dires.
Attardons-nous sur le premier renseignement relevé par Tilésius, le mot uma désigne le torse en marquisien. Certainement avait-il confondu le mot uma avec celui de 'oumati qui, lui, veut dire soleil. Peut-être la confusion s'est faite en prenant des informations avec la localisation du motif sur le corps le torse = uma et le soleil = 'oumati.


Nous pouvons lui pardonner d'avoir tenté de saisir un mot difficile à entendre et à prononcer dans cette langue, qui chantonne et qui a beaucoup de glottales. Pour donner ici un exemple concret, voici une preuve que je vis au quotidien : Quand je prononce mon nom Huukena, je dis hu'ukena et les occidentaux que je côtoie, pour qui le marquisien est inconnu, entendent "uken", ils occultent complètement la prononciation du "h", la glottale sur le "u" ainsi que la dernière lettre "a".
Admettre que Tilésius ait entendu uma à la place de 'oumati est donc sensé. Omettre involontairement la première lettre et la dernière syllabe est une chose fréquente pour la langue marquisienne qui a un fort accent. En effet, nous pouvons remarquer qu'à notre époque beaucoup d'occidentaux, et ils le reconnaissent eux-mêmes, disent qu'après avoir vécu plusieurs années dans cet archipel qu'ils ne la parlent et ne la comprennent toujours pas.
Pour en revenir à ces figures, nous pouvons les trouver sur le torse, au niveau des pectoraux (fig.5) du vieux guerrier et également sur la cuisse de ce dernier. Ce motif s'appelle-t-il "mata komoe" (mata komo'e) comme le prétend Langsdorff ou plutôt 'oumati (au lieu de "uma") qui serait la représentation du soleil soutenu par Tilésius ? Je vais procéder ici par déduction, grâce aux informations qu'avait rapportées Karl Von den Steinen, entre 1897 et 1898.
Karl Von den Steinen avait présenté l'image de la fig. 5 aux tuhuka de son époque, ces derniers désignaient le motif du visage sur le genou comme étant le mata komo'e (Steinen, 2005, Tome1, tatouage p.168). En découvrant les images de jambes en bois photographiées par Hjalmar Stolpe, à 6 Taiohae sur l'île de Nuku-Hiva (fig.15). Il reconnut la forme des visages sur les genoux des jambes et qui correspondraient aux visages sur les genoux dessinés sur les illustrations de Langsdorff et Tilesius en 1804.
De plus ce fameux docteur avait relevé la légende du héros Kena qui se fit tatouer en sept jours,et que lors des séances du deuxième et du troisième jour, ce dernier se fit tatouer plusieurs motifs dont celui du visage sur le genou appelé mata komo'e. Et je souhaiterai rajouter que dans le dictionnaire de l'évêque Dordillon (1904), nous trouvons la définition de komo'e comme étant une pièce de tatouage du genou.
Tous ces éléments nous confirment bien que ce motif de tatouage représentant un visage au genou s'appelle bel et bien mata komo'e.
Si l'on observe plus attentivement les jambes en bois et une des jambes de l'illustration du vieux guerrier, nous pouvons distinguer des petits visages en forme de ipu 'aki ou ika 'oa sur la cuisse de certaines jambes en bois. Ces symboles représentant des astres, il serait beaucoup plus cohérent et logique que le motif du visage circulaire présent sur la cuisse du vieux guerrier, au dessus du mata komo'e, symbolise un astre qui serait le soleil comme l'avait noté Tilésius.
Ainsi, sommes- nous tentés de nommer ce symbole extraordinaire : non pas "uma" mais plutôt 'oumati en marquisien, le dieu du ciel qui pourrait être la représentation de Atea. A-tea peut se traduire jour-éclairé.
Les yeux de ce motif seraient susceptibles d'être Venus et Mercure: le regard d'Atea comme le prétend la légende ?
Une dernière remarque que je souhaiterai évoquer, concernant ces deux symboles, pour appuyer l'hypothèse que ces motifs puissent représenter le soleil : Nous savons aujourd'hui que les polynésiens ont bien eu contact avec le continent Américain. Des échanges entres ces peuples ont très certainement eu lieu, et des influences religieuses également, comme à l'identique des Romains lors de leurs nombreuses conquêtes, puisqu'ils s'accaparaient des divinités d'autres peuples. Le rapprochement, qu'Edgar Tetahiotupa propose dans son livre "Parlons marquisien" (Tetahiotupa, 2009, p.18), a attiré mon attention.
En effet il présente le motif de tatouage marquisien comme étant la version épurée du calendrier solaire aztèque, dont le personnage central est Tonatiuh, dieu du soleil (fig.16). Toute la comparaison objective des éléments, sur leurs formes géométriques, leurs positionnements et leurs nombres, est assez frappante.
Cette extraordinaire analogie, sur ces représentations, m'a poussé à considérer la pertinence de la représentation du soleil par ces motifs marquisiens.




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